Littérature

Effets et enjeux de la réédition des reportages long format : l’exemple de Surdose d’Alexandre Kauffmann

Exploration des effets et enjeux des reportages long format

Le long format, par sa nature même, est un type de journalisme qui nécessite davantage de temps, tant pour sa création que pour sa consommation. En effet, loin d’être inséré dans le flux percutant de l’actualité, il s’en détache pour offrir une analyse plus profonde. Ce caractère distinctif fait que la rentabilité d’un tel reportage se joue sur l’allongement de sa durée de vie, qu’il s’agisse de production ou de diffusion. Ainsi, on constate une multiplication des réécritures de ces reportages, qui retrouvent vie à travers différentes formes éditorialisées.

Temporalités variées dans la réécriture des longs formats

Ce texte examine donc les diverses temporalités relatives aux réécritures de longs formats : la temporalité de la production, qui comprend l’enquête et l’écriture ; celle de la diffusion, qui traite de l’éditorialisation sur des supports variés, qu’ils soient numériques ou physiques ; et enfin, celle des pratiques de lecture, qui varient selon les formats utilisés. Pour illustrer ces questions, nous nous pencherons sur le reportage « Surdose » d’Alexandre Kauffmann. Sa démarche d’immersion au sein d’une brigade policière parisienne spécialisée dans les overdoses a permis de produire trois longs formats distincts en moins de deux ans, chacun publié dans un cadre différent : un article de presse, un livre de non-fiction et un feuilleton narratif.

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De l’immersion à la réécriture : le cas d’Alexandre Kauffmann

Avec le reportage d’Alexandre Kauffmann sur la brigade « Surdoses », nous avons un exemple parfait pour discuter de ces réécritures. Cet écrivain et journaliste, d’ordinaire engagé dans des reportages à l’étranger, a voulu, en 2016, Explorer le travail de cette brigade parisienne qui s’attelle à la problématique des overdoses. En parallèle d’un roman, intitulé Stupéfiants, dans lequel le thème de l’overdose se manifeste, Kauffmann sollicita l’autorisation de travailler aux côtés de la brigade durant plusieurs mois. À l’issue de cette immersion, il rédigea un article de 10 000 signes pour Le Monde en janvier 2017, intitulé « À Paris, les overdoses se sont démocratisées ».

Ce qui s’est ensuite produit démontre la flexibilité des longs formats : peu après, une jeune maison d’édition, la Goutte d’or, lui proposa de transformer son enquête en livre, et il approfondit son investigation pendant une année, entraînant la publication du récit Surdose en février 2018. Cet ouvrage a été produit dans la lignée de la tendance du journalisme littéraire, se distinguant par son approche narrative. Mais l’histoire ne s’arrête pas là ; l’été suivant, ce récit fut adapté en un feuilleton pour le site Les Jours, illustrant ainsi une forme d’obsession narrative, genre prisé par ce média.

Les enjeux de la réécriture et l’impact médiatique

Loin d’être une simple anecdote, le parcours de Kauffmann en tant que journaliste souligne l’importance d’une approche mutlipolaires dans la publication des reportages long format. En effet, en moins de deux ans, ce reportage a pris forme à travers trois supports, chacun véhiculant une temporalité et une tonalité distinctes qui influencent tant le processus de création que la réception par le lecteur.

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Temporalité de l’enquête et ses implications

L’enquête de terrain, lorsque l’on la mène pour un format long, implique inévitablement un investissement de temps significatif. Contrairement aux reportages qui couvrent des événements d’actualité, elle permet d’explorer des dimensions plus nuancées de l’information. À titre d’illustration, Kauffmann, au cours de son immersion, a su capter non seulement les faits bruts, mais également les petits détails du quotidien des policiers qui traquent les dealers, apportant une profondeur au récit qui est souvent absente dans des formats plus brefs.

Cette approche longue à la fois coûteuse et chronophage soulève la question de la rentabilité. La réécriture et l’éditorialisation sur divers supports permettent, de ce fait, de prolonger l’existence de l’enquête et de capitaliser sur cet investissement. Kauffmann a pu prolonger sa connaissance du sujet grâce à l’opportunité d’une publication, lui permettant ainsi de forger une réputation dans le secteur.

Les différences de traitement selon les supports

Un autre aspect important réside dans l’adaptation de l’écriture pour convenir au support choisi. Plus le format est long, plus il est possible de s’attarder sur des détails significatifs, comme les conversations informelles entre policiers durant leurs surveillances. Toutefois, dans l’article du Monde, Kauffmann choisit une approche radicalement différente, où son immersion est absente et où la narration est fortement resserrée.

Les tonalités et postures adoptées par Kauffmann varient en fonction du format. Les expressions familières et le langage brut utilisés dans le livre vont de pair avec une volonté d’authenticité, que l’on ne retrouve pas dans le cadre plus formel de l’article. Cela témoigne des choix stylistiques réfléchis qui répondent aux attentes du public du livre et du journal.

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Conclusion

À travers l’exemple d’Alexandre Kauffmann et de son reportage « Surdose », nous découvrons non seulement l’importance de la réécriture et de l’éditorialisation des longs formats, mais également leurs implications dans le paysage médiatique contemporain. Ces pratiques sont essentielles pour garantir la pérennité des travaux journalistiques à long terme. En investissant différents supports, les journalistes recapturent leur audience, tout en répondant à une diversité d’attentes en termes de lecture. Ainsi, la réécriture de ces reportages devient un véritable enjeu d’engagement, tant sur le plan journalistique que commercial, dans un monde de l’information en constante évolution.

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