Une rencontre initiale avec la création radiophonique
En 1980, Valère Novarina fait ses débuts à l’Atelier de Création Radiophonique avec une émission qui porte un titre évocateur : « Le Théâtre des oreilles ». Très tôt, la radio s’est approprié l’écriture radicale de ce dramaturge encore méconnu, caractérisée par son oralité et son rejet des conventions de représentation scénique. Ce n’est qu’en 1998 que l’œuvre de Novarina se dévoilera à un public élargi. Entre-temps, l’Atelier de Création Radiophonique devient un espace essentiel pour lui, permettant de faire entendre ses idées théoriques et esthétiques autour de son « drame de la parole », tout en servant de laboratoire où tester son approche des voix et d’aire sonore pour donner vie à ses œuvres.
L’origine d’une passion radiophonique
L’histoire de Valère Novarina avec la radio débute très jeune, marquant un tournant décisif dans son parcours d’écrivain. À l’âge de quinze ans, il se souvient d’avoir capté, grâce à un poste à galène qu’il a fabriqué, les notes d’une sonate de Beethoven sur les ondes de la Radio Suisse Romande. Éprouvant une forte connexion sonore, il déclare : « La pulsion d’écrire m’est venue de ce contact sonore. » Cette découverte lui inspire ses premiers écrits littéraires.
Une écriture au service de l’oralité
Tout au long de sa carrière, Novarina revendique son lien avec la littérature orale, affirmant qu’il écrit avant tout pour la voix. Dans ses premiers textes, comme Le Babil des classes dangereuses, il met en scène des personnages qui incarnent la voix et l’oreille, qu’il définit non pas comme une pièce théâtrale traditionnelle, mais comme un livret à lire à haute voix. Sa manière d’écrire devient alors une exploration de la matière linguistique, mêlant mouvement, danse des mots et résonance de la parole.
La radio, un soutien fidèle
Il est donc naturel que la radio suive le parcours de Novarina. Lorsqu’on lui demande s’il se considère comme un auteur de théâtre, il répond : « Non. Je pense que j’essaye de faire des pièces de théâtre, que je n’y arrive pas, parce que je suis un aveugle. » Cela illustre sa perception subjective du théâtre qui, pour lui, se déroule dans l’obscurité, où il perçoit les choses auditivement plutôt que visuellement.
Une scène radiophonique comme laboratoire d’expérimentation
Le déclic se produit lorsqu’il rencontre la radio dans le cadre de l’Atelier de Création Radiophonique, créé en même temps que le Nouveau Répertoire Dramatique. En 1972, Lucien Attoun invite Novarina à diffuser sa première pièce, L’Atelier volant, signalant ainsi le début d’une collaboration enrichissante. Bien que cette première diffusion ne tirait pas pleinement parti des spécificités du langage radiophonique, elle pose les bases d’une dramaturgie vocale originale qui déploie l’univers novarinien.
Une radicalité artistique
Le refus de l’économie scénique traditionnelle anime l’œuvre de Novarina. Après la mise en scène tumultueuse de L’Atelier volant, il se met à rédiger des textes démesurés, tels que La Lutte des morts, qui comportent un nombre incroyable de personnages. Les productions radiophoniques deviennent alors un moyen pour lui d’exprimer cette volonté de s’extérioriser avec audace.
Une dizaine d’années de créations radiophoniques
Intégrant la radio dans son processus créatif, Novarina se livre à des expériences sonores et visuelles au sein de l’Atelier de Création Radiophonique en produisant huit émissions entre 1980 et 1994. Ces créations font écho aux réflexions théoriques qu’il a menées tout au long de sa carrière, jusqu’à ce que la scène devienne son principal moyen d’expression.
Le théâtre et la radio : une relation symbiotique
En somme, c’est par le biais de la radio que Novarina a pu réaliser la puissance orale de ses textes, permettant à ceux-ci de se déployer dans un espace sonore. De la création du Repas, qui a connu un grand succès, à l’émission Les Cymbales de l’homme en bois du limonaire retentissent, il établit une connexion vivante entre son écriture et les sons du monde qui l’entoure.
Ainsi, la radio ne se limite pas à une simple diffusion de ses textes, mais joue un rôle de laboratoire, d’archive sonore, et de témoin des voix qui nourrissent l’écriture de Novarina. Elle offre un accès rare aux coulisses de son processus créatif, révélant la richesse et la complexité de son univers sonore.
Conclusion
Valère Novarina n’a donc pas simplement utilisé le médium radiophonique pour transmettre ses écrits, mais a également vu en lui un moyen d’explorer et d’enrichir sa pratique artistique. La phrase qu’il exprime en 1992 résonne comme un mantra : « Sans arrêt l’oreille doit être à nouveau conquise. » La radio a ainsi été la clé de son rayonnement et a permis d’ouvrir ses textes à un public de plus en plus large.






