Introduction à Guy Tosi
Guy Tosi, né à Erzange en 1910 et décédé à Paris en 2000, a marqué le monde littéraire en tant que professeur d’italien et de littérature comparée à la Sorbonne. Il était particulièrement reconnu pour ses travaux sur Gabriele d’Annunzio, sujet de sa thèse d’État. Entre 1943 et 1952, Tosi a exercé en tant que lecteur puis directeur littéraire des Éditions Denoël, ayant l’honneur d’éditer des figures emblématiques telles que Louis-Ferdinand Céline, Blaise Cendrars, Curzio Malaparte et Henry Miller. Après avoir dirigé l’Institut français de Florence de 1954 à 1962, il est revenu à la Sorbonne, où son réseau d’échanges soutenus au sein des milieux littéraire et académique a laissé de précieuses archives.
Un fonds de correspondance intrigant
Les années durant lesquelles Tosi était en relation avec des écrivains, notamment chez Denoël puis après son départ, sont riches en correspondance. Au-delà du simple travail d’édition, il a cultivé des relations chaleureuses avec ces auteurs, excepté peut-être avec Céline, qui avait des difficultés de collaboration avec ses éditeurs.
En 2008, j’ai eu la chance inespérée de mettre la main sur plusieurs de ces correspondances. Dans la maison de Guy Tosi, son héritier a sorti un dossier, prétendant qu’il pourrait m’intéresser en raison de mon intérêt pour Blaise Cendrars. Parmi ces archives, la correspondance entre Tosi et Cendrars, riche de plus de cent lettres, est particulièrement captivante. D’autres documents incluent aussi plusieurs lettres d’Henry Miller en lien avec Cendrars, ainsi qu’une correspondance notoire avec Curzio Malaparte à laquelle je n’ai pas pu accéder, et des lettres de Céline adressées à Tosi.
Les hommages à Blaise Cendrars
Ce dossier renfermait non seulement des lettres de Cendrars, mais également des hommages que Tosi avait collectés pour une exposition à l’Institut français de Florence, organisée en février 1961, en mémoire de Cendrars décédé le 21 janvier de la même année. Parmi les signataires de ces lettres, on retrouve des personnalités tels que Jean Cocteau, Maurice Fombeure et Paul Gilson, ainsi que des écrivains étrangers tels que John Dos Passos et Ardengo Soffici, qui ont également partagé leur admiration. Ces témoignages ont été publiés dans une édition spéciale de la revue italienne « Litteratura » et un recueil par l’Institut français de Florence.
Correspondances avec Robert Denoël et au-delà
Un aspect fascinant de ce dossier comprend trois lettres de Cendrars à Robert Denoël, témoignant déjà d’un climat relationnel affectueux. Dans une lettre d’Aix-en-Provence datée du 29 octobre 1942, il demande à Denoël de lui faire parvenir Les Décombres, montrant ainsi l’intérêt profond qu’il portait à son éditeur :
« Mon bon vieux, peux-tu me faire adresser les Décombres… ». Plus tard, il exprimera avec joie son enthousiasme quant à l’édition de ses Poésies complètes, signant une acceptation en termes amicaux.
Au fur et à mesure que la correspondance évolue, on note un changement de ton, avec l’arrivée de Guy Tosi en tant que directeur littéraire de Denoël après l’assassinat de Denoël, dont l’absence se ressent dans leurs échanges, désormais marqués par un registre plus formel. Le 15 août 1946, Tosi écrit à Cendrars en utilisant le terme « cher ami », démontrant ainsi la relation amicale qui persiste malgré les circonstances difficiles du milieu.
Des interactions continues avec Henry Miller
D’aussi loin que l’on se souvienne, Cendrars a été parmi les premiers à écrire sur Henry Miller, lui consacrant un article en 1935. La passion de Miller pour Cendrars est bien documentée dans ses lettres, où il plaide pour la publication des œuvres de son compatriote aux États-Unis, visant à introduire Cendrars sur le marché américain. Dans ses nombreuses correspondances avec Tosi, Miller se montre déterminé à promouvoir le nom de Cendrars et apprécie son génie littéraire, comme en témoigne l’une de ses lettres où il exprime un vif désir de voir un de ses chapitres sur Cendrars publié dans une revue.
De plus, on peut observer dans sa correspondance une suite de remerciements concernant les livres qu’il a reçus ainsi que des demandes d’envois spécifiques, soulignant l’attention qu’il porte à son œuvre ainsi qu’à celle de son ami. Miller, en plein travail d’écriture, évoque également son souhait d’un retour à la publication d’une lettre qui demande à ce qu’on lui envoie des exemplaires d’un ouvrage de Cendrars, prouvant son engagement constant envers la promotion de ses amis.
Conclusion
Ce dossier de correspondances dévoile non seulement les relations entre Guy Tosi, Blaise Cendrars et Henry Miller, mais illustre également un réseau d’échanges qui a contribué à enrichir la scène littéraire française et internationale d’après-guerre. Leurs écrits, remplis de passion et d’amitié, éclairent l’importance de ces personnalités au sein de l’histoire littéraire et continuent d’inspirer de nouvelles générations de lecteurs et d’écrivains.






