Littérature

En marge de tout ce monde idiot. Les lettres de Blaise Cendrars à Jacques-Henry Lévesque

Une correspondance précieuse

Les correspondances littéraires, tout autant que les œuvres publiées, sont souvent victimes de l’oubli. L’échange épistolaire entre Blaise Cendrars et Jacques-Henry Lévesque, qui s’étend sur 37 ans (de 1922 à 1959), ne constitue pas simplement une redécouverte d’un trésor caché. En effet, Monique Chefdor avait déjà dévoilé cette correspondance dans sa première édition, aujourd’hui épuisée, intégrée dans les Œuvres complètes parues chez Denoël en mars 1991, et portant le titre Je vous écris. Écrivez-moi. Cette publication dévoilait pas moins de 652 lettres, principalement écrites par Cendrars, accompagnées de quelques réponses de Lévesque.

Élargissement du corpus

Depuis cette première édition, plusieurs chercheurs, dont Monique Chefdor et Olivier Brien, ont mis à jour de nouvelles lettres, augmentant ainsi le nombre d’échanges à 740 lettres, avec 666 lettres de Cendrars et 74 de Lévesque. Ce nombre s’accompagne de quelques lettres incomplètes de Cendrars. Ces nouvelles découvertes incitent à s’interroger sur l’apport d’une nouvelle édition de ces lettres.

La nécessité d’une nouvelle édition

Une nouvelle édition pourrait apporter des corrections essentielles, telles que des dates revues grâce aux cachets postaux. Ces révisions peuvent influencer non seulement biographie, mais également l’interprétation des œuvres. Des déplacements de dates peuvent nécessiter une vérification des projets d’écriture et d’autres évolutions créatives. L’accès aux documents originaux a aussi permis de corriger des erreurs de transcription, de restaurer des phrases incomplètes ou d’incorporer des éléments jusqu’alors inaccessibles. Malheureusement, le caractère évolutif de la critique littéraire et les nouvelles découvertes postérieures à la mort des auteurs posent la question de la clôture de cette édition.

Vous aimerez aussi :  Les carnets de route de Philippe Soupault

La complexité de la correspondance

Les lettres échangées ne se limitent pas à des banalités. Elles portent des traces des personnalités des deux écrivains, celles-ci se reflétant dans l’écriture, qu’il s’agisse de cartes postales ou de feuillets griffonnés. On reconnaît des variations d’humeur dans l’encre et la calligraphie, à travers les altérations dans le style, qui révèlent impatience, fatigué ou convulsé par l’angoisse.

Une amitié évolutive

À travers cette correspondance, uneisi dessine l’évolution d’une amitié soumise à diverses influences, traversant des périodes d’intense créativité et des phases de silence. Cendrars, soucieux d’aider les jeunes poètes, se montre sévère à l’égard de certains écrivains établis, n’hésitant pas à donner son avis critique sur leurs publications, même si cela ne convient pas à tous.

Les voyages émotionnels des lettres

Chaque lettre est un échantillon de la complexité des pensées de Cendrars. Les échanges, enrichis de nuances et de réflexions, permettent d’illuminer des périodes moins documentées de sa biographie, tout en offrant un aperçu de sa vie quotidienne à Aix. Les mots choisissent leurs combats, à travers des récits de voyages, de réflexions sur l’art et de confidences intimes qui dévoilent un homme à la fois vulnérable et intrépide.

Le parcours créatif illuminé par Lévesque

La correspondance entre Cendrars et Lévesque va au-delà des simples échanges d’informations; elle ouvre la voie à des discussions sur la création. Loin de se limiter à des anecdotes, elle aborde des aspects plus profonds de l’écriture, façonnant la vision de Cendrars en tant qu’artiste et constructeur. Cela permet d’offrir une perspective sur son identité en tant que poète, et sur l’impact de la période historique traversée sur sa pensée et son art.

Vous aimerez aussi :  Blaise Cendrars en correspondances : une écriture épistolaire révélatrice

En somme, cette correspondance est bien plus que de simples lettres: elle constitue un véritable témoignage d’un parcours littéraire enrichissant, révélant une amitié profonde bâtie sur des échanges sincères et intellectuels.

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *