Un rendez-vous radiophonique méconnu
De la nuit (1975-1977) est une émission relativement peu connue diffusée sur France Culture. Son créateur principal, Gilbert Maurice Duprez, a su en faire un véritable terrain d’expérimentations innovantes. Ce programme a accueilli de nombreux écrivains, mais avec une particularité : leur participation était anonyme. En effet, les écrivains prenaient la parole comme de simples individus, permettant ainsi à leurs mots d’être entendus en dehors de leur identité, amalgamés à ceux d’autres intervenants.
Les débuts d’une aventure radiophonique
On peut remonter à 1911 pour constater l’intérêt porté à la captation de la voix des écrivains. Les Archives de la parole ont permis à des poètes d’enregistrer leur voix sur disque, initiaux balbutiements d’une quête plus vaste. Rapidement, des professionnels de la radio ont cherché à conserver un héritage sonore des écrivains. Ainsi, le rendez-vous marquant entre Pierre Schaeffer et Paul Claudel en 1944 a donné lieu à une conversation informelle, ancrant l’idée que la radio devait atteindre une certaine intimité.
Une approche originale des écrivains
Dans l’émission De la nuit, produite par Édith Lansac et Gilbert Maurice Duprez, la voix de l’écrivain va bien au-delà d’une simple mise en avant de leur personnalité ou de leur oeuvre. Prendre la parole ici signifie abandonner l’image du « grand homme » que l’on retrouve souvent dans les supports radiophoniques traditionnels. Les écrivains ne sont pas ici identifiés par l’auditeur ; leur parole se fond dans un ensemble hétérogène, où chaque intervention devient une pièce d’un puzzle plus vaste.
Le parcours de Gilbert Maurice Duprez
Gilbert Maurice Duprez, qui n’est pas immédiatement associé à une émission emblématique, a une carrière radio qui s’étend des années 1950 à 1990. Après avoir rejoint France Culture, il a occupé divers rôles, allant d’assistant de production à producteur et réalisateur. Ses collaborations ont inclus des échanges avec de nombreux intellectuels et écrivains, marquant son intérêt croissant pour la poésie et le témoignage.
La structure de l’émission
De la nuit se définit comme une émission nocturne d’une durée d’environ cinquante minutes, diffusée en soirée, du lundi au vendredi. Le format mélange lectures de textes, témoignages et extraits musicaux, échappant ainsi à une classification stricte. L’émission se distingue par l’absence de génériques ou d’introductions traditionnelles, plongeant l’auditeur dans un univers où la voix est la seule référence.
Une expérience d’écoute unique
Au fil des épisodes, l’émission offre une juxtaposition de voix anonymes et de celles d’écrivains, sans jamais rendre l’identité de l’intervenant primordiale. Un système où les témoignages se mêlent à des réflexions sur l’existence, contribuant à flouter la frontière entre création artistique et vécu intime.
Une voix telle une ombre
Cette émission rend chaque voix presque irréelle, comme si ces paroles étaient lancées dans l’éther sans attaches. La distance entre le locuteur et l’auditeur devient une spécificité qui enrichit le contenu de l’émission. Les mots se succèdent, portés par des extraits musicaux sans que l’auditeur ne sache toujours qui parle, donnant à l’écoute une dimension presque mystique.
Des paroles universelles
Dans De la nuit, la parole de l’écrivain se veut égalitaire. Confrontés à des anonymes, les écrivains prennent conscience de leur anonymat au sein de l’émission. Les invitations à s’exprimer ne sont pas réservées à une élite ; chacun a une place dans cette mosaïque sonore.
Un héritage vivant
Par sa nature hétérogène et la valorisation des voix anonymes, De la nuit dépasse les simples entretiens littéraires traditionnels. Elle ouvre la voie à un nouvel espace d’expression radiophonique où l’art des mots est mis au même niveau que la parole de l’individu ordinaire, questionnant ainsi la nature même de l’identité et du témoignage.
Conclusion : une expérience en suspens
À travers De la nuit, Gilbert Maurice Duprez a introduit un concept novateur où la radio devient un médium artistique. En mêlant paroles d’écrivains et anonymes dans un cadre subversif, il a su rendre l’écoute audacieuse et immersive. L’héritage de cette émission n’aura peut-être duré que quelques années, mais son esprit de création continue de résonner dans l’univers radiophonique contemporain.
Cette aventure radiophonique rappelle que chaque voix, qu’elle soit célèbre ou inconnue, porte en elle une histoire qui mérite d’être entendue, invitant chaque auditeur à s’engager dans une quête d’identité à travers les mots.





