« s’écrire par-delà le papier » : l’œuvre autofictionnelle de Chloé Delaume

6 | 2017 Florence Thérond et Annie Pibarot

L’activité créatrice de Chloé Delaume frappe par la richesse et la multiplicité des espaces médiatiques investis, qu’elle fait se croiser tout en explorant leurs spécificités : site internet, blogue, chantiers sonores, jeu vidéo, films, émissions télévisées, performances multimédia. L’identité qui en découle est elle-même plurielle : l’auteur est aussi éditrice, performeuse, chroniqueuse, musicienne, chanteuse… mais avant tout personnage de fiction.

De son vrai nom Nathalie Dalain, née à Versailles le 10 mars 1973, mais d’origine franco-libanaise, elle est témoin à l’âge de dix ans du meurtre de sa mère par son père et du suicide de celui-ci. Marquée par ce drame familial, elle écrit pour maîtriser sa propre histoire et pratique l’autofiction expérimentale aux antipodes des productions culturelles de masse. Révélée au grand public en 2001 par son roman Le Cri du sablier, elle cherche rapidement à sortir la littérature du livre et à varier les tribunes pour écrire « hors des carcans traditionnels, des codes, des cadres et des chapelles ». Elle conçoit la littérature comme une arme pour résister à l’uniformisation, «dans une société où le capitalisme écrit nos vies et les contrôle », dans une réalité régie par la fiction et le storytelling. L’autofiction se fait subversive, geste politique dénonçant l’uniformisation galopante et l’avènement d’une fiction collective aliénante engendrée par les médias de masse. L’œuvre de Chloé Delaume, travaillée par des problématiques identitaires, mais aussi esthétiques, exprime parfaitement les questionnements d’une société qui cherche à se définir.