Littérature

Entretien avec Agathe Mella (1987)

Contexte de l’entretien

Au printemps de 1987, Agathe Mella, qui a été directrice des radios Paris-Inter, France-Inter et France Culture, s’illustre par sa démarche en menant des entretiens au nom du Comité d’Histoire de la Radiodiffusion. Ces conversations ont un objectif clair : alimenter une série de dix émissions consacrées à la recherche radiophonique, qui sera diffusée durant l’été suivant sur France Culture. L’un des interlocuteurs choisis est François Billetdoux, une figure qu’elle connaît bien.

Ce dialogue s’inscrit comme une rétrospective de la carrière de Billetdoux, allant de ses débuts en tant que producteur de programmes littéraires au Club d’Essai, jusqu’à la direction de la cellule d’études prospectives, fruit d’une collaboration entre l’INA et Radio-France. C’est également l’occasion de mettre en lumière l’influence réciproque entre sa carrière théâtrale et son parcours radiophonique. Cet entretien, publié dans le numéro 32 des Cahiers d’Histoire de la Radiodiffusion en mars 1992, est reproduit ici avec l’aimable autorisation du C.H.R.

La recherche à la radio

Agathe Mella : François Billetdoux, pourriez-vous rassembler vos souvenirs et partager vos réflexions sur la recherche radiophonique ? Que représente pour vous cette notion de recherche à la radio ? Qu’est-ce qu’on y cherche véritablement et comment ?

François Billetdoux : Pour ma part, c’est une approche plutôt intimiste qui remonte à mon adolescence ; j’avais environ dix-sept ans lorsque j’ai intégré le Club d’Essai de la radiodiffusion française. Mon intérêt pour la radio était fort, d’autant que je tentais de concrétiser une émission à ce moment-là. Malgré plusieurs refus, j’ai persévéré. Lorsque le Club d’Essai a ouvert ses portes en mars 1946, j’étais prêt à enregistrer la première émission sans la moindre difficulté. Cela a marqué le début d’un projet qui, à l’origine, n’en était qu’un ; rapidement, j’ai pu produire une émission par semaine.

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Le Club d’Essai et ses débuts

Agathe Mella : Qui était aux manettes du Club d’Essai à cette époque ?

François Billetdoux : Cela était dirigé par Jean Tardieu.

Agathe Mella : À quelle période cela correspond-il en fait ?

François Billetdoux : Cela remonte à 1946, juste après la guerre.

Il est intéressant de noter que, malgré les défis rencontrés par la suite, cette expérience reste pour moi une révélation. Le Club d’Essai, situé rue de l’Université dans un bel hôtel particulier, offrait des studios de qualité, avec des ingénieurs comme Raymond Verchère ou Jean Godet. Tout semblait alors possible. Pour moi, l’idée de recherche ne résidait pas tant dans une quête précise, mais dans cette liberté d’invention qui émanait de ce lieu. Ce club n’était cependant pas isolé ; il s’inscrivait dans un héritage plus vaste. En effet, le Studio d’Essai, fondé pendant l’Occupation par Pierre Schaeffer, avait déjà initié des travaux innovants dans ce domaine.

Réflexions sur la recherche

Agathe Mella : Mais certaines voix affirment que dans la recherche, on peine souvent à trouver ce que l’on cherche réellement. Cela dit, n’est-ce pas fondamental ? Est-ce que la recherche touche à des aspects comme la profondeur, la forme, le style, et les moyens de communication ?

François Billetdoux : Il s’agit, en fait, d’une exploration à plusieurs niveaux. Bien que cela varie selon les époques et les thématiques, pour moi, à cette période, c’était avant tout une recherche humaine. J’étais déterminé à collaborer avec de jeunes talents, leur offrant l’opportunité de s’exprimer dans nos studios.

Les défis des variétés

Agathe Mella : C’est un domaine délicat, les variétés, n’est-ce pas ?

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François Billetdoux : Oui, et je considérais cela comme un milieu émergent. À l’époque, nous étions confrontés à un certain manque de compétence en matière de chant. C’est durant cette période que des artistes comme Jacques Donai ou Francis Lemarque ont commencé à s’imposer, et le cabaret, incarné par Yves Robert, a vu le jour. Mon engagement au Club d’Essai a permis à beaucoup d’artistes de se faire connaître, malgré les obstacles.

Échos contemporains

Agathe Mella : Si nous explorons l’idée de nouvelles formes d’expression aujourd’hui, êtes-vous convaincu qu’il reste encore des territoires inexplorés ?

François Billetdoux : Je pense qu’il y a encore un vaste champ à explorer. Je ressens plutôt une certaine régression aujourd’hui. J’ai eu l’opportunité de diriger la programmation pour la radio aux Antilles, une expérience qui m’a ouvert les yeux sur l’importance sociale de la radio. J’ai réalisé que cet outil pouvait être un véritable instrument de communication et de culture.

Le rôle social de la radio

Agathe Mella : Vous voulez dire que la radio joue un rôle incitatif à la communication ou qu’elle contribue à l’éducation ?

François Billetdoux : Les deux, assurément. Dans un contexte post-guerre, nous avons relancé des activités culturelles comme le Carnaval, ce qui a permis d’encourager l’écriture locale et d’instaurer un dialogue entre la tradition et la modernité.

Conclusion

Cette rencontre a non seulement permis de revisiter l’héritage de la recherche radiophonique, mais aussi de réfléchir sur son avenir. Les expériences évoquées par François Billetdoux mettent en lumière l’importance de la créativité et de l’innovation dans le milieu radiophonique. En conclusion, sa passion pour cet art est évidente, et son désir d’en faire un espace de liberté et d’expérimentation demeure plus pertinent que jamais.

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